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Les opinions racistes de Louis Agassiz et les noms de rues attribués à celui-ci ont fait couler beaucoup d’encre ces derniers temps. L’un des arguments invoqués contre le changement de nom de l’Espace Louis-Agassiz (Neuchâtel) peut se résumer ainsi : « Certes, Agassiz était raciste, mais c’était la pensée dominante de l’époque ». Mais il faut savoir que la pensée raciste d’Agassiz fut combattue par des ressortissants du pays où elle naquit.

 

Car, lorsque Agassiz débarqua en 1846 aux Etats-Unis, ceux-ci connaissaient depuis une vingtaine d’années un débat sur l’esclavage dans les Etats du Sud et son extension aux Etats de l’Ouest.

Un mouvement abolitionniste s’était développé, qui ne se limitait pas au roman de Mrs Harriet Beecher Stowe, La case de l’oncle Tom. Un réseau, Underground Railway, aidait les esclaves évadés à rejoindre le Canada. Parmi les participants à ce réseau, on trouvait le philosophe Henry David Thoreau (1817-1862), auteur de Civil Disobedience (1849).

Parmi les abolitionnistes, existait un courant radical, incarné notamment par Wendell Phillips (1811-1884), défenseur des droits des Amérindiens, des Noirs, des femmes et de la Commune de Paris (1871). Sans oublier le plus célèbre d’entre eux, John Brown (1800-1859), pendu par les autorités de Virginie après l’échec de son assaut contre l’arsenal fédéral de Harpers Ferry (1859).

Parmi les réactions à l’assassinat juridique de John Brown, ce commentaire de Victor Hugo : « Oui, que l’Amérique le sache et y songe, il y a quelque chose de plus effrayant que Caïn tuant Abel, c’est Washington tuant Spartacus ».

 

Hans-Peter Renk (militant altermondialiste)

Article paru dans Arcinfo, no 233 (30 octobre 2018)