Les électrices·eurs se sont rendus aux urnes dans plusieurs Etats en novembre et ont rejeté l'agenda politique de Trump, choisissant des démocrates pour le poste de gouverneur dans deux Etats, et élisant un groupe diversifié de candidat·e·s démocrates, dont plusieurs se disent socialistes, aux élections d'Etat et locales.

 

Bien que ces élections ne changent pas l'équilibre des forces à l'échelle nationale, elles montrent qu'un nombre important d'Etasunien·ne·s souhaitent changer le cap que le pays a pris sous Trump. Mais peu de ces élections ont eu lieu dans les Etats «républicains» ayant soutenu Trump et on ne sait pas comment elles vont influencer les élections au Congrès en 2018. Les démocrates et la gauche font face non seulement aux républicain·e·s en place dans la plupart des Etats, mais aussi au charcutage partisan des circonscriptions et aux nouvelles règles électorales visant à défavoriser l'électorat démocrate.

Le Parti démocrate a remporté les postes de gouverneur de deux Etats où les candidat·e·s républicain·e·s ont mené des campagnes nationalistes et anti-immigration, à la Trump. Dans le combat électoral important en Virginie, le médecin et vice-gouverneur Ralph Northam, a remporté une victoire modeste, tandis qu'au New Jersey, Philip Murphy, ancien banquier chez Goldman Sachs, succédera à un candidat républicain aux primaires présidentielles, Chris Christie. Ces victoires de politicien·ne·s typiques du Parti démocrate donnent certes un coup de pouce au moral des démocrates, mais ne modifient pas l'équilibre national des forces ni ne poussent le parti à gauche.

Femmes, noir·e·s, latinos·as, transgenres...

Ailleurs, on a eu des victoires pour une série diversifiée de candidat·e·s: femmes, noir·e·s, latinos·as, transgenres et migrant·e·s. Le directeur de campagne de Ralph Northam, Justin Fairfax est un homme noir. Par un juste retour des choses, la transgenre Danica Roem a battu le législateur républicain de Virginie qui avait introduit le projet de «loi toilettes» visant à interdire les toilettes publiques aux personnes transgenres. Jenny Durkan est devenue la première maire ouvertement lesbienne à Seattle. Le réfugié libérien Wilmot Collins a emporté la course à la mairie à Helena, Montana. Michelle De La Isla, d'origine portoricaine, a été élue maire de Topeka (Kansas), tandis que la latino-américaine Hala Ayala a été élue au législatif de Virginie.

Notre Révolution, l'organisation politique progressiste issue de la campagne de Sanders, a réussi à faire élire vingt-sept candidat·e·s dont certain·e·s mentionés ci-dessus. Certain·e·s pensent qu'il s'agit de la construction d'une nouvelle coalition par le Parti démocrate de candidat·e·s noir·e·s, latin·e·s, féminins et LGBTQ qui pourrait jeter les bases de futures victoires électorales, mais elle ne répond pas au besoin démocrate de gagner des électeur·trice·s blanc·he·s de la classe ouvrière afin d'éviter une catastrophe comme en 2016.

Bons résultats pour des socialistes

Les Socialistes démocrates d'Amérique (DSA) ont présenté 27 candidat·e·s ouvertement socialistes dans les élections d'Etat et locales à travers le pays. Tou·te·s sauf un était candidat·e·s, soit avec les démocrates soit sur des listes non partisanes et seize l'ont emporté. La victoire la plus significative a été l'élection de Lee Carter qui, bien qu'attaqué comme «rouge», a battu son adversaire républicain conservateur par 54 à 46 % et a été élu au législatif de Virginie.

Les résultats des candidat·e·s de gauche qui ont participé aux élections via la gauche du Parti Vert ou d'autres partis ont été mitigés. A Brooklyn, Jabari Brisport, membre des DSA, a fait une apparition très forte dans sa première candidature au conseil de la ville de New York. A la fois sur les listes du Parti Vert et des Socialistes, Jabari a gagné près de 30 % des suffrages dans son district, avec 8619 voix. Howie Hawkins du Parti Vert, qui a remporté 5 % des voix pour le poste de gouverneur de l'Etat de New York en 2014, était cette fois candidat pour la mairie de la ville de Syracuse, mais n'a remporté que 4 % des voix.

Un lourd défi à relever en 2018

Bien qu'encourageante, cette démonstration de mépris envers Trump et les républicain·e·s, ne doit pas porter à exagérer ces victoires. Au plan national, les républicain·e·s tiennent la présidence, dominent la Chambre des représentants et ont la majorité au Sénat. Les républicain·e·s occupent le poste de gouverneur dans 34 Etats et les démocrates dans 15. Dans 26 des 50 Etats, les républicain·e·s contrôlent à la fois le poste de gouverneur et le législatif. Partout où il a le pouvoir, le Parti républicain met en vigueur des restrictions électorales visant les noir·e·s, les latinos·as, les étudiant·e·s et autres électeurs·trices du Parti démocrate. En 2016, 13 Etats ont adopté de nouvelles restrictions relatives aux électeurs·trices, dont la plus courante et celle de la photo d'identité d'électeur·trice. Les républicain·e·s soutiennent la nécessité de mesures pour empêcher la fraude électorale, en particulier par les sans-papiers, bien que les services de l'Etat indiquent qu'il n'y a presque aucune fraude de ce type.

Les victoires démocratiques de novembre 2017 n'ont guère fait bouger le pouvoir républicain au plan national, bien que la victoire morale et l'élan des démocrates puissent influencer les importantes élections législatives de 2018. La gauche devra alors relever le défi de maintenir son identité, que ce soit sur des listes démocrates ou via des candidatures indépendantes.

Dan La Botz

Photo: Danica Roem, candidate transgenre élue à la Chambre des délégué·e·s de Virginie - Ted Eytan

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