affiche 24septembre2017

Les autorités, les notables, les partis politiques dominants poussent un ouf de soulagement. Il n’y a que l’hôtel judiciaire qui a passé à la trappe. La crainte d’un triple non était palpable avant les votations cantonales sur des objets que le Conseil d’Etat présentait comme emblématique de sa volonté de rassembler le canton.

 

Une réforme problématique

 

Parlant de l’acceptation de la réforme des institutions, le Conseil d’Etat nous dit « Il s’agit d’un pas important, celui de l’unité des Neuchâteloises et Neuchâtelois au Grand Conseil, dans le respect de leur diversité ». Cette réforme vise essentiellement à instaurer une circonscription électorale unique pour les élections cantonales, censée favoriser la cohésion cantonale. Nous pensons au contraire que ce sera un facteur d’accélération de la division et le biffage des candidat.e.s d’autres régions se pratiquera allègrement. Rendez-vous après les prochaines élections cantonales où les grincements de dents risquent forts de prendre le dessus sur les congratulations d’autosatisfaction.

 

Une division qui saute aux yeux

Les deux autres objets soumis au vote ont bien montré que le canton est fait de régions avec des particularités distinctes et que le défi serait d’en faire une force plutôt que vouloir les nier. Mais de l’unité, on en est loin…

Le report d’une répartition de l’impôt frontalier ristourné à la Suisse était contesté par un référendum issu de notables des communes du littoral qui avaient à y perdre quelque chose. Le report a passé de justesse, son refus aurait posé de gros problèmes financiers aux communes du Locle et de la Chaux-de-Fonds. Regardons les résultats : district de Neuchâtel, refus à 60%, district de Boudry, refus à 62%, Val-de-Ruz, refus à 64%, district du Locle, accepté à 72%, district de Chaux-de-Fonds, accepté à 76%.

Le Nouvel Hôtel Judiciaire devait se situer à Chaux-de-Fonds, à côté de la gare. Contesté par référendum, il a été refusé. Sur la vidéo du comité référendaire qui prend acte des résultats, on voit un PLR, un UDC, un PS, tous du bas du canton, se féliciter du refus. Résultats sorti des urnes : district de Neuchâtel, 68% de non, district de Boudry 71% de non, district Val-de-Travers 72% de non, district Val-de-Ruz 69% de non, district du Locle accepté à 59%, district de La Chaux-de-Fonds accepté à 70%.

 

Le régionalisme affaiblit les travailleurs

Les divisions de classe n’ont pas disparu, et dans le rejet du Nouvel Hôtel Judiciaire il y a aussi le refus d’un investissement de 50 millions par les couches les plus défavorisées; c’est assez évident si on pense au vote du Val-de-Travers. Mais la tendance est clairement au vote régionaliste, et c’est dangereux parce la politique sociale passe du coup au deuxième plan. Les notables jouent évidemment sur le réflexe régionaliste et l’accentuent à loisir, rien de tel pour se faire élire. Les déclarations de Théo Huguenin-Elie, président PS de la ville de la Chaux-de-Fonds, à la RTS attise le feu « les blocages régionalistes ne sont pas dans les montagnes neuchâteloises, nous sommes capables d’avoir une vision cantonale, cette capacité doit s’étendre à l’entier du canton » ! Et la déclaration du POP « ce refus constitue une aggravation du mépris du Bas contre le Haut » n’arrange rien et passe à côté du vrai problème. La question centrale n’est pas de l’ordre du mépris (car là où il existe il est généreusement partagé !) mais de voir comment assurer un développement régional équilibré et comment mieux répartir les investissements publics (on en est loin !) Les difficultés financières du canton, la politique de baisse de l’imposition des entreprises - qui a été très largement soutenue par le PS-, la pauvreté qui s’étend alors que les millionnaires prospèrent, tout cela contribue à maintenir un mécontentement que captent les régionalistes de toutes tendances et qui au bout du compte ne sert que les patrons et les plus fortunés.

Finalement la Justice attendra, mais pas trop, car l’Etat n’échappera pas à des investissements pour remplacer des locaux désuets et inadaptés, en particulier à La Chaux-de-Fonds. D’autres projets devraient être mis sur la table. L’université pourrait délocaliser sans peine certains enseignements et recherches ; cela permettrait aux-étudiant-e-s de trouver plus facilement à se loger....